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Dix ans de "Grosse Allemagne" Les médias français ont largement couvert les dix ans de la chute du mur. On pouvait craindre le pire... «Vivement la chute du mur... Je pourrai enfin partir en vacances!», soupirait une correspondante de presse française, début novembre 1999, à Berlin. Réflexion insolite à des oreilles non initiées. Cela fait dix ans qu’il est tombé, le mur. Oui, mais justement, dix ans, ça c’est de l’actu. Et si l’événement avait à l’époque surpris tout le monde, il était cette année prévisible que sa commémoration allait faire couler beaucoup d’encre, notamment dans la presse française. On n’y a pas coupé. Les magazines, quotidiens, radios et télévisions français s’en sont donné à coeur joie. Il y a fort à parier qu’il n’en sera pas de même pour les dix ans de l’unification allemande, le 3 octobre 2000... Mais soit. Ce sont là les aléas du système de l’information. La chute du mur, avec ses images choc chargées de puissance symbolique est un sujet plus «vendeur», plus «sexy» que l’unification allemande. Les correspondants français en Allemagne, et les journalistes français dans leur ensemble, ont choisi de faire à cette occasion le bilan de dix ans d’Allemagne unifiée. Le pire était à craindre, si l’on se réfère à l’excellente étude d’Ingo Kolboom, «Vom geteilten zum vereinten Deutschland: Deutschland-Bilder in Frankreich»*, dans laquelle sont notamment énumérés les stupéfiants titres parus en 1989-90 dans la presse française. «Achtung! La France face à la grande Allemagne», titrait alors le Figaro Magazine. «La Grosse Allemagne», titrait de son côté Le Point en évoquant le «Blitzkrieg du chancelier Kohl pour unifier l’Allemagne» tandis que Le Nouvel Observateur parlait du «Vertige de la liberté».... Pour n’en citer que quelques-uns.
L’Allemagne est-elle devenue un pays «normal»? «A supposer que cette expression ait un sens, la réponse est certainement positive», assure, de son côté, un éditorial du Monde daté du 10 novembre, qui note, entre autres, que «ce pays européen moderne» ne cède pas à «un tropisme d’hyperpuissance régionale», qu’il est resté «un élément moteur de l’Europe», et qu’il «n’avance plus aucune revendication territoriale». Il serait vain -et trop long- de se livrer à une analyse sémantique du traitement des dix ans de la chute du Mur par l’ensemble de la presse française. Mais force est de constater que les choses ont changé. Il n’y pas eu cette année d’aigles menaçants sur les couvertures des magazines. Certes, le moindre pourcent obtenu par l’extrême droite allemande lors de telle ou telle élection régionale sera sans doute toujours disséqué avec autant d’angoisse par la presse française - qui oublie souvent à ces occasions de rappeler les scores records obtenus par les Lepenistes et les Mégretistes nationaux - mais il y a du progrès. L’Allemagne ne fait plus aussi peur qu’avant. Encore un effort et la presse française oubliera peut-être un jour, qu’il fut un temps où l’on redoutait la «Grosse Allemagne»...
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