Bienvenue - WillkommenSommaire - Inhalt
Courrier der Leser

En une

Leitartikel

Edito

Ehekrach-Scènes de ménage

Charabia

Expos photos

AGKV-Intern

Was macht...

Forum

Reforme

Fiche technique

Klatsch & Tratsch

Beilage

 

 

Buchtips

des châteaux en Allemagne

"A quoi reconnaît-on un Allemand en vacances? S'il est affalé à moitié nu sur une plage, c'est très simple: un Allemand se reconnaît à la forme et à la taille, non pas de son ventre, mais de son château de sable".

Quand les Allemands sont en vacances, ils ont leurs Ferien - un mot qui est toujours au pluriel, ce qui semble indiquer a priori qu'il y en a plusieurs. Ce n'est pas une innovation allemande, puisque le mot vient du latin feriae, lui-même au pluriel, qui désignait des jours de fête, des jours sans travail, des jours de repos. A l'origine, du moins au 16e siècle, les Ferien n'existaient que dans la langue juridique. Il s'agissait de jours, où il n'y avait pas de session au tribunal. Avec l'apparition de l'enseignement scolaire obligatoire, le vocable s'est imposé au point de dicter le rythme de la vie des élèves, et par extension celui de leurs parents. Ferien = pas d'école.

A quoi reconnaît-on un Allemand en vacances? S'il est affalé à moitié nu sur une plage, c'est très simple: un Allemand se reconnaît à la forme et à la taille, non pas de son ventre, mais de son château de sable.

Ce n'est ni la reproduction de Chambord, ni celle de Neuschwanstein, les Sandburgen des touristes allemands sont en réalité, comme l'indique d'ailleurs le mot Burg, des forteresses, mais des forteresses bien particulières, puisqu'il s'agit en fait de grands trous entourés de hauts murs de sable mouillé. On y place sa chaise-longue ou sa serviette, sa crème solaire et son roman policier.

On fera remarquer à juste titre que les Français, les Italiens, les Belges, tout le monde fait joujou dans le sable l'été. Mais il y a des différences. Le touriste allemand ne se contente pas de s'aménager sa petite place au soleil, qu'il quitte bien évidemment le soir pour aller manger et se coucher. Non, le touriste allemand revient sur les lieux de sa création architecturale. C'est son château, son domaine, sa chasse gardée. Il se sent bien à l'abri des regards, alors que l'énormité de sa forteresse ne fait qu'inciter à l'étranger la curiosité de ceux qui ne connaissent pas cette guerre des tranchées tout à fait pacifique.

L'allusion à la guerre n'est pas exagérée, car cette manie de faire des trous dans le sable a une histoire, qui remonte à la fin du 19e siècle, lorsque l'île danoise de Fanö est devenue cité balnéaire grâce à des capitaux allemands. A l'époque, déjà, les Allemands avaient pour habitude de construire des Sandburgen, mais en plus ils hissaient les couleurs de l'Allemagne - noir, blanc, rouge - sur leur édifice de sable.

Les Danois avaient protesté, mais finalement ils avaient évité de froisser les susceptibilités nationales en demandant que leur drapeau rouge et blanc flotte également sur les châteaux de sable allemands, et pas n'importe comment: très précisément au-dessus de la bannière allemande. Les enfants des vacanciers allemands se faisaient un plaisir d'intervertir les drapeaux, ce qui provoquait la colère des Danois.

La guerre des Sandburgen s'est estompée. Mais l'habitude - moins les drapeaux - est restée. Les touristes allemands adorent déplacer des mètres-cube de sable pour installer leur petite niche confortable, certains même décorent les parois extérieures de coquillages et de jolis cailloux ronds. Seul le pied d'un gosse écrabouillant sans scrupule l'édifice par inadvertance brise cette intimité paradisiaque et entraîne parfois d'homériques discussions avec les parents.

Le paroxysme est atteint, lorsque le touriste allemand avide de solitude ajoute un panneau devant son œuvre pourtant éphémère: ”Interdit aux personnes non autorisées. Signé: Famille Müller”.

Ah, que c'est bien les vacances... Mais vues de la sorte, ces vacances-là ont tout de la prison, ce qui étymologiquement bien sûr est un paradoxe considérable, car il y a un petit goût de liberté dans le mot Ferien. D'aillleurs, lorsque quelqu'un reste chez lui au lieu de se rendre à son travail, on dit qu'il a libre - frei. Toute la nuance entre être libre et avoir libre est là. On peut même aller plus loin: outre le petit goût de liberté, on décèle un petit air de fête dans ce Ferien, que l'on peut rapprocher aussi de feiern, faire la fête justement.

La veille d'une fête religieuse, les gens se souhaitaient une bonne soirée. C'est cette soirée d'avant la fête que l'on retrouve dans Feierabend, l'expression que les Allemands emploient aujourd'hui à la sortie des bureaux, comme d'autres diraient tout simplement au revoir ou bonne soirée. Tous ces mots ont la même racine -fas, que l'on retrouve également dans Fest, la fête. Fas a un rapport avec tout ce qui est empreint de sainteté, fanum en latin. Ce n'est évidemment pas la raison pour laquelle les vacances sont sacrées pour les Allemands.

Mais aussi bien le fanatisme, religieux ou autre, que les fans de tel chanteur ou de tel comédien sont linguistiquement en famille avec Fest et Ferien, la fête et les vacances. De même qu'il ne faut pas confondre vacances et congé, il ne faut pas non plus mettre Ferien et Urlaub dans le même panier. Urlaub est proche de erlauben, qui veut dire autoriser, permettre. Dans la langue courtoise, Urlaub c'était demander l'autorisation de partir, de prendre congé de quelqu'un. Cela n'a rien à voir avec le ciel bleu des plages de sable.

...dirige les programmes en français de la radio Deutsche Welle (http://www.dwelle.de/french)

 

Gérard Foussier

© Deutsche Welle 1999

 

Bienvenue - WillkommenSommaire - Inhalt
Courrier der Leser