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L’
Union européenne... côté culture
La place
de la culture dans la construction européenne a été reconnue tardivement
puisque c’est le traité de Maastricht qui lui a consacré pour la première
fois un article et a donné aux institutions communautaires une véritable
base juridique pour agir. Cet article, qui porte le numéro 151, précise
les modalités de décision (codécision avec le Parlement européen, et,
au sein du Conseil lui-même, décisions prises à l’unanimité) et le mandat
de la Communauté. Elle adopte des actions d’encouragement à la coopération
culturelle (151.1,2 et 3)... Et
veille à la prise en compte des aspects culturels au titre de toutes ses
autres politiques (151.4 ). Le principe de subsidiarité en vertu duquel
l’Union n’intervient que pour compléter l’action des Etats, est ici appliqué
au pied de la lettre: pour répondre aux inquiétudes des négociateurs qui
craignaient une uniformisation «par le haut» de la vie culturelle nationale
et régionale, il a été précisé que toute tentative d’harmonisation était
exclue et que le respect de la diversité devait être le maître-mot de
toute action européenne en la matière.
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Article
151 du Traité (UE)
1. La Communauté
contribue à l’épanouissement des cultures des Etats membres dans
le respect de leur diversité nationale et régionale, tout en mettant
en évidence l’héritage culturel commun.
2. L’action
de la Communauté vise à encourager la coopération entre les Etats
membres et, si nécessaire, à appuyer et compléter leur action dans
les domaines suivants : - l’amélioration de la connaissance et de
la diffusion de la culture et de l’histoire des peuples européens
; - la conservation et la sauvegarde du patrimoine culturel d’importance
européenne ; - les échanges culturels non commerciaux ; - la création
artistique et littéraire, y compris dans le secteur de l’audiovisuel.
3. La Communauté
et les Etats membres de l’Union européenne favorisent la coopération
avec les pays tiers et les organisations internationales compétentes
dans le domaine de la culture et en particulier avec le Conseil
de l’Europe
4. La Communauté
tient compte des aspects culturels dans son action au titre des
autres dispositions du présent traité, notamment pour respecter
la diversité des cultures*
5. Pour contribuer
à la réalisation des objectifs visés au présent article, le Conseil
adopte:
- statuant
conformément à la procédure visée à l’article 189B et après consultation
du Comité des régions, des actions d’encouragement, à l’exclusion
de toute harmonisation des dispositions législatives et réglementaires
des Etats membres. Le Conseil statue à l’unanimité tout au long
de la procédure visée à l’article 189B
- statuant à
l’unanimité sur proposition de la Commission européenne, des recommandations.
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Ajout du traité d’Amsterdam
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Sur
la base d’une telle mission, que peut-on raisonnablement attendre
de l’Union en matière culturelle? Certainement pas une politique dont
les mesures s’appliqueraient à l’ensemble des Etats, comme un ministère
français le ferait par exemple pour l’ensemble des régions de l’hexagone.
Au plan européen, la Commission n’est habilitée qu’à mieux faire circuler
les oeuvres, les idées et les artistes, pas plus. Il faut en convenir,
cette approche ressemble davantage à la description d’un marché intérieur
de la culture qu’à un véritable projet politique. Celui-ci n’est pourtant
pas complètement absent car si on lit attentivement le premier paragraphe,
on se rend compte que la Communauté a aussi pour mandat de «mettre
en valeur l’héritage culturel commun» aux Européens. Ceci est certes
indispensable, mais pas facile: comment définir cet héritage, comment
le mettre en valeur et comment, surtout, le valoriser sans menacer
la diversité culturelle ? Voilà la question à laquelle le Conseil
et le Parlement ont tenté de répondre ces dernières années en décidant
de soutenir financièrement des projets culturels associant des opérateurs
(associations, institutions, organismes privés) dans les domaines
du spectacle vivant (programme KALEIDOSCOPE), du livre et de la lecture
(ARIANE) et du patrimoine (RAPHAEL). A partir de l’année prochaine,
ils seront regroupés en un seul, CULTURE 2000, qui sera adopté pour
quatre ans. Ces programmes ont tous retenu le même critère: les projets
doivent associer à tous les stades (conception, réalisation, évaluation)
des opérateurs d’au moins trois Etats membres : en dessous de ce seuil,
il s’agirait de coopération bilatérale. Au-dessus, on peut considérer
qu’il y a création d’une «valeur ajoutée européenne» (terme officiel,
encore une fois emprunté au vocabulaire économique). Comme pour tous
les programmes européens, c’est un jury d’experts qui évalue les projets
présentés, notamment du point de vue de la qualité artistique. Les
aides apportées sont faibles : KALEIDOSCOPE a été doté de 26,5 millions
d’euros pour la période 1996-1998, ARIANE de 7 millions pour 1997
et 1998 ... on est bien loin des budgets accordés aux autres secteurs
: le 5e programme-cadre de recherche, par exemple, recevra entre 1998
et 2002 près de 15 milliards d’euros. Cela fait rêver. |
Heureusement,
il y a une seconde piste: en vertu du paragraphe 4 de l’article 151, l’Union
doit tenir compte des enjeux culturels dans toutes ses politiques : cela
signifie que la culture peut trouver des portes d’entrée dans les autres
programmes communautaires (programmes en faveur de l’éducation, de la
recherche, fonds structurels, etc.) mais aussi dans la réglementation
européenne. Et c’est sur ce terrain de la réglementation que bien souvent
le combat se livre, pour éviter justement que la logique économique ne
l’emporte sur la diversité culturelle. La polémique sur le prix unique
du livre (Buchpreisbindung), dont les médias allemands et autrichiens
se sont fait l’écho, en est un parfait exemple.
L’année
prochaine sera lancée une nouvelle Conférence intergouvernementale. Faut-il,
à cette occasion, réécrire l’article 151 ? Le débat est ouvert et il est
intimement lié à la forme politique de l’Europe. Tant que l’Union ne sera
pas une fédération dotée d’un gouvernement, il sera inutile et malvenu
de définir une politique culturelle par le haut. Et même dans ce cas,
l’autonomie reconnue aux Länder allemands en matière culturelle n’est-elle
pas un modèle plus enviable pour l’Europe ? Dans la situation institutionnelle
actuelle, l’article 151 n’est pas mauvais du tout. Aujourd’hui, seuls
le budget pour la culture et la volonté des autorités publiques de prendre
effectivement en compte les enjeux culturels dans toutes les politiques
communautaires, peuvent rendre l’Europe plus culturelle.
Hélène
Herschel
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