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Le cycle franco-allemand est-il menacé par la réforme 2000 de Sciences Po ?

A l’approche de l’an 2000, on transforme, on modernise, élimine les derniers bogues avant d’entrer dans le nouveau millénaire... Sciences Po ne fait pas exception en lançant une réforme pour la rentrée 2000, donc dans moins d’un an. Il s’agit de faire du diplôme de l’IEP un Bac +5 sur le modèle américain, ce qui passe inévitablement par une réforme du premier cycle, qui ne contenait jusqu’à présent qu’une seule année d’enseignement: la fameuse «première année».

Pour Guillaume Piketty, directeur de la Scolarité de l’IEP, «le principe de la réforme est résolument international», l’objectif étant de passer d’une présence des étrangers à Sciences Po d’un cinquième des étudiants, à un quart dans 4-5 ans et à un tiers dans 7 ans. En outre, les étudiants français seront «expulsés», dans le cadre de séjours à l’étranger. Le premier cycle sera un véritable Bac+3, les étudiants entrant à l’IEP à Bac + 0 suivront 2 ans à l’IEP et un an à l’étranger, ceux à Bac +1, un an à l’IEP et un an à l’étranger, les étrangers ayant un Bac +2, venant de leur côté passer un an à l’IEP. Le second cycle va être découpé en 4 semestres, 3 sur les 4 seront passés à l’IEP, l’autre à l’étranger ou en entreprise. Les 3 semestres passés à l’IEP devront contenir trois modules: Grands Enjeux, Grandes Lignes et Economie et tous les autres enseignements seront choisis par les étudiants parmi les modules proposés avec l’obligation d’avoir suivi 5 modules de Sciences Sociales et de Spécialisation en tout. Les sections (Ecofi, CRH, SI, SP) seront remplacées par une vingtaine de «profils». Cette réforme a été adoptée définitivement le 13 décembre 1999. Après ce vote devaient être affinés les contenus des profils du second cycle et les accords avec les partenaires étrangers.

Que va devenir le cycle franco-allemand après le passage de ce cyclône réformateur? Pour Nathalie Faure, responsable du cycle à Sciences Po, le «cycle n’est pas du tout menacé». De son côté, Francis Verillaud, directeur de la DAIE (Direction des Affaires Internationales et des Echanges), souligne que les accords avec les universités étrangères et leurs modalités ne vont commencer à être négociés qu’à présent que la réforme a été adoptée définitivement. Deux points lui semblent importants. D’abord, utiliser la réforme de Sciences Po pour réorganiser le cycle en se dirigeant vers l’obtention pour tous les étudiants du cycle d’un double diplôme des deux universités, officiellement reconnu comme tel dans les deux pays. Ce qui remplacerait l’actuel diplôme commun, qui souffre d’un certain problème de reconnaissance. Deuxième point: Francis Vérillaud souhaite conserver au cycle sa qualité «intégratrice». Il a par ailleurs assuré que, s’il y a des chances qu’il y ait des aménagements provisoires et une année de transition, en aucun cas, du côté de Sciences Po, une rupture du cycle pour un an n’est envisageable.

Et du côté allemand, que pense-t-on de la réforme, de l’avenir du cycle ? Pour Sabine von Oppeln, la position adoptée du côté allemand demeure la même depuis que la réforme a été décidée à Sciences Po : il s’agit de voir comment s’organise le cycle, une fois la réforme de Sciences Po votée. L’OSI et l’IEP ont préparé un projet d’aménagement du cyle, visant à l’améliorer. Projet qui ne pourra être présenté aux commisions et aux conseils de la FU qu’à partir de l’adoption définitive de la réforme de Sciences Po. La partie allemande est de manière générale, explique Sabine von Oppeln, «très ouverte à la réforme qu’a entrepris Sciences-Po et notamment à tous ses efforts novateurs et créatifs» en souhaitant que le cycle, avec sa particularité «intégratrice», recueillera l’attention qu’il mérite.

Il faut espérer que les modalités de la «réorganisation» du cycle entraînée par la réforme de Sciences Po soient assez rapidemment réglées pour que les étudiants allemands et français puissent avoir une lisibilité suffisante pour la conduite de leurs études futures. Notamment en ce qui concerne les étudiants des prochaines années qui entendent préparer la sélection pour le cycle. Ceux-ci aimeraient avoir une idée du «programme» qui les attend. Cela sera vraisemblablement fait d’ici à février 2000. Force est de conclure que la réforme du cycle reste pour le moment assez floue. Les deux parties ont affiché leur attachement aux qualités intégratrices du cycle. Tant mieux. Les anciens le savent: un simple séjour à l’étranger ne suffit pas pour comprendre un pays. Travailler en binomes franco-allemands dans le cadre de séminaires communs, c’est tout ce qui fait le charme et l’intérêt du cycle... La suite de ces négociations au prochain «Courrier»...

Marianne Bousquet

 

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