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Le couple franco-allemand
vient de découvrir un terrain de coopération quasi-vierge - le cinéma. Mais
ce ne sera pas facile.
Qui est l´acteur francais
le plus connu en Allemagne ? Louis de Funès, plus tout à fait jeune, et Pierre
Brice, un illustre nobody au sein du septième art francais, devenu légendaire
outre-Rhin pour avoir incarné le Winnetou de Karl May. Qui est l´acteur allemand
le plus connu en France ? C´est beaucoup moins clair. Erich von Stroheim,
peut-etre. Ou Marianne Sägebrecht. Ou Hanna Schygulla chez les fans de Fassbinder
(de moins en moins nombreux tout de meme). Et quel est le dernier film d´un
des deux pays à avoir remporté un réel succès chez les deux ? Astérix, qui
pouvait compter sur la force d´attrait de Gérard Depardieu et le fidèle public
de tous les profs de francais, latin et histoire des deux pays. Ces quelques
exemples pour montrer que dans un domaine pour une fois fédérateur, grand
public et qui touche toutes les générations, le franco-allemand ne représente
pas grand´chose. le cinéma reste un parent pauvre de la sacro-sainte coopération
multidomaine - Jules et Jim étaient deux charmants personnages, mais ils n´ont
pas fait de petits . Les statistiques en sont la preuve. Les films francais
en Allemagne font moins de 1% des entrées outre-Rhin, les films allemands
en France encore moins. Trop peu de distributeurs, trop peu de publicité,
et surtout trop peu d´intéret des deux côtés. Paris s´intéresse aux débats
et ébats entre jeunes germinopratins (cf. les interminables films de Desplechins,
Amalric et compagnie), Berlin aux jeunes paumés qui courent, qui courent,
qui courent (Lola rennt) et aux problèmes de restaurants branchés en Bavière
(Rossini). Pas de quoi mobiliser les foules du pays voisin au cas où, par
chance, un film de l’autre bord du Rhin réussissait à être programmé dans
une ou deux salles. Francais et Allemads restent en revanchent chacun fascinés
par Hollywood, qui taille des croupières aux productions nationales.
Pour remédier à cet oubli - cet échec ? - du franco-allemand, Paris et Berlin
ont donc décidé lors du dernier festival de cinéma de Berlin, entre deux soirées
Gala et trois projections, de créer avec fort renfort médiatique une Académie
franco-allemande de soutien au cinéma (deutsch-französische Filmförderungakademie).
Mlle Jeanne Moreau, décrétée embassadrice du cinéma francais, boa et lunette
mauve, a généreusement apporté son soutien à l´initiative au nom de tous les
artistes, et sagement répété que si le couple franco-allemand lançait le mouvement,
cela serait bientot suivi par toute l´Europe. Le chancelier Schröder, s´entendant
visiblement à merveille avec la star, a assuré que cette union ne se faisait
contre personne en particulier, et surtout pas contre les Américains, mais
que l´Europe devait s´unir pour défendre ses intérêts cinématographiques contre
les grosses productions dominatrices - suivez son regard. Un aréopage de spécialistes
de chaque pays a donc été désigné pour élaborer dans le détail ce qu´il convenait
de mettre concrètement dans cette académie. Lors des premières discussions,
chacun y a défendu ses petites préférences. Les Francais penchaient initialement
pour un évènement médiatique permettant de soutenir quelques grosses productions
(marketing commun).
Les Allemands insistaient
sur le coté pédagogique (mise en place de bourses d´échanges entre écoles
de cinéma francaises et allemandes, et autre coopération en formation) et
économe (probablement pas de nouveaux fonds). publics pour le projet, mais
la réunion et la concentration des budgets existants). Les deux aspects ont
finalement été retenus, ainsi que la résurrection d´un accord commun pour
soutenir les productions communes. En plus, chaque année, la distribution
et la promotion de cinq films francais en Allemagne et cinq films allemands
en France sera particulièrement soutenue. Tout le monde semblait motivé pour
ce nouvel élan. Le résultat se verra sur le moyen terme - et notamment sur
le choix de ces fameux dix films qui seront soutenus par les deux partenaires.
Mais le fait que ce ne sera pas facile, un petit dialogue surpris entre trois
protagonistes de cette initiative suffira à le démontrer. Car comme chacun
sait, le cinéma, c´est d´abord question de goût, et visiblement, ces derniers
n´ont pas les mêmes préférences cinéphiles. Peu avant la fameuse annonce,
l´éditeur Michael Naumann, Staatsminister für Kultur, présente donc Mlle Moreau
au Chancelier Schröder : "Vous connaissez sûrement Mlle Moreau, c´est elle
qui a si magnifiquement joué dans Jules et Jim, de Francois Truffaut..." Schröder,
à Moreau : "Bien sur, qui ne vous reconnaîtrait pas... Meme si, d´un point
de vue personnel, j´ai préféré le film Viva Maria, au Mexique, avec Brigitte
Bardot."Daniel Toscan du Plantier, vieux charmeur du cinéma francais: "Probablement
parce que c´est grâce à ce film que vous êtes devenu révolutionnaire..."Schröder
: "Non, plutôt à cause de toutes ces femmes..."
Pierre-Olivier
François
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