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En
Allemagne, les attachés de presse sont là pour faciliter le travail des
journalistes. En France, ils sont là pour l'empêcher». Cela se veut provocateur.
C'est réussi. Sur le podium de discussion, Peter Stephan, le correspondant
de l'ARD à Paris et Arnaud Leparmentier, embauché pour le même job à Berlin,
pour Le Monde. Cela se passe à Fribourg, début avril, lors d'un colloque
pour jeunes journalistes franco-allemands, organisé par l'Institut français
de Fribourg, la Ville et le Südwestrundfunk. Une centaine de correspondants,
pigistes, responsables de rubrique ou étudiants en école de journalisme
sont réunis pour discuter de la situation des correspondants en France
et en Allemagne, pour s'interroger sur les pratiques journalistiques dans
les deux pays et porter un regard critique sur la façon de rendre compte
de l'actualité des deux côtés du Rhin. La scène de ménage peut commencer.
Les Allemands écrivent plus sur la France que les Français sur l'Allemagne.
Les Français ont une fâcheuse tendance à privilégier l'émotion, quand
les Allemands sont sérieux, au risque d'être franchement ennuyeux. Les
administrations allemandes sont ouvertes aux journalistes français, quand
l'Etat français et ses administrations sont plutôt muets. Les
fonctionnaires allemands parlent aux média, de peur que ces derniers ne
soupçonnent que, peut-être, l'Allemagne ne soit pas encore une vraie démocratie.
En France, pas besoin. Il semblerait que, dans ce domaine, l'Etat estime
n'avoir rien à justifier. Voisins et si différents dans leur façon de
travailler. Au journaliste de rendre compte de cette altérité, à lui aussi
de déjouer les clichés si faciles à transmettre par voie de média interposés.
Pour Arnaud Leparmentier, être correspondant à Berlin, «c'est le paradis».
Qu'attendent donc les journalistes français pour y filer? Difficile de
répondre sauf que les journalistes germanophones et philes, ça se compte
sur le doigts d'une main. L'Allemagne, «c'est pas sexy». C'est en gros
ce que dit Alain Chaillou, correspondant de TF1 à Berlin. Pour lui, Berlin,
avant d'être le paradis, c'est le placard. C'est quand qu'on en repart?
Dommage. Parce qu'en matière de scène de ménage, ces trois jours de colloque
ont aussi montré à quel point des médias implantés dans les zones frontalières
(Saar-Lor-Lux et région des trois frontières dans le sud de l'espace rhénan)
savaient travailler ensemble et se remplir de la richesse de leur quotidien
bi voire trinational. En matière de scène de ménage, on s'est aussi aperçu
qu'il y avait entre la France et l'Allemagne une normalisation des relations.
«Quand je parle avec un Allemand, je n'ai pas l'impression que je dois
me réconcilier avec lui». Dixit Arnaud Leparmentier, journaliste d'une
trentaine d'années.
Claire
Isambert
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