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...Ils urinent autrement!
D’abord, il fallut se pincer pour y croire. L’information émanait pourtant d’une journaliste sérieuse: Pascale Hughes, correspondante à Berlin depuis plus de dix ans pour Libération. Dans son «Bonheur allemand», elle relate avec force détails, les petites manies, les drôles d’habitudes, les comportements différents de nos voisins outre-rhin. Au gré de cette chronique de la vie comme elle va en Allemagne, on découvrait cependant une anecdote parfaitement improbable…Selon la journaliste, depuis les années 60, et dans la foulée de leurs combats féministes, les Allemandes exigent que les hommes pissent ASSIS! Pour toute Française normalement soucieuse du respect de son émancipation et de sa liberté, cette revendication semblait néanmoins parfaitement étrange. S’agissait-t-il d’une simple lubie de quelques féministes agitées du bocal? S’agissait-t-il d’une coutume isolée pratiquée seulement dans quelques appartements berlinois alternatifs de Kreuzberg et de Schöneberg? Enquête menée, il apparut que cela n’était pas aussi simple! Certes, admettaient les personnes interrogées (des Allemandes pour la plupart et quelques uns des meilleurs spécimens du cycle franco-allemand…), le phénomène n’a jamais gagné l’ensemble des foyers allemands, on note notamment une franche résistance dans la partie sud du pays (la Bavière et le Bade-Wurtemberg semble remarquablement épargnés). Mais tous les connaisseurs recalaient le scepticisme franchouillard face à cette étonnante découverte: «Non, ce n’est pas une revendication folklorique de quelques furies déchaînées, tous les garçons en Allemagne y ont un jour été confrontés!». Et d’expliquer, de surcroît, les motifs d’une telle mobilisation: «Un jour, les femmes allemandes se sont rebellées. C’est à elles qu’incombait la tâche peu râgoutante de nettoyer les toilettes; or, en pissant debout les hommes ont la fâcheuse tendance d’en mettre partout…

Elles ont donc décidé que puisqu’elles s’asseyaient, les hommes pouvaient bien faire de même et éviter ainsi d’arroser généreusement la cuvette et ses alentours…» (Que les lecteurs les plus sensibles se rassurent nous n’irons pas plus loin dans la description des dégâts!) Plutôt amusés par notre circonspection, certains interviewés en profitèrent même pour raconter quelques unes des expériences de leur cru. Ainsi cette jeune Allemande, installée en France avec son fiancé parisien, nous raconta quel effroi l’avait saisi lors d’un récent séjour chez des amis à Berlin. Son amoureux, saisi d’une pressante envie, était allé faire un tour aux toilettes lorsqu’il revint la mine curieuse: « il y a une drôle de pancarte sur les chiottes, je n’ai pas très bien compris ce que ça voulait dire…» La jeune femme atterrée le pria d’employer d’autres termes et de retourner toutes affaires cessantes d’où il venait pour réparer l’outrage et nettoyer la trace de son passage…car le panneau, elle s’en doutait, portait une inscription menaçante: «ici, les hommes pissent assis ou on leur coupe le …» (amis lecteurs libre à vous d’imaginer la suite)! Et puis vint l’heure de la confirmation. Le vendredi 31 mars 2000, le journal Libération publiait un article, on ne peut plus sérieux, relatant les nouveaux développements de ce combat contre les pisseurs masculins. Intitulé la guerre des cuvettes, le texte reprenait ces révélations du quotidien BILD: «une enquête d’expert a permis de constater que l’une des causes de rouille des radiateurs provient d’éclaboussures d’urine (…), en conséquence la société immobilière de Radeburg, près de Dresde, ordonne à ses quelques 500 locataires de ne plus utiliser les toilettes qu’en position assise». Et l’article de promettre une nouvelle bataille acharnée entre tenants du «pisser-assis» et du «pisser-debout»… Il fallait donc se rendre à l’évidence, l’affaire était bien un enjeu national. On aurait voulu suggérer que les hommes pouvaient, plutôt que de se résoudre à s’asseoir, s’engager à mieux viser…Mais les femmes allemandes, semble-t-il, n’espèrent plus en leurs congénères masculins…Plutôt que la réforme, elles ont choisi la révolution!

Céline Pigalle

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