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Nr. 5 / numéro 5 (April-Mai 2002 / avril-mai 2002)

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REPORTAGE :

SKIER SEUL AU MILIEU DE NULLE PART: UN ATOME DE SAVOIE EN VADROUILLE

Partir au ski dans un endroit qui sort des pistes battues, fuir la foule des télésièges, retrouver les traces de Tintin au Tibet ? Oui, vous y aviez toujours pensé… d'autres l'ont fait. Thomas - promo 1997/99, alias Totoff ou Tom de Savoie (le vrai) - passionné de ski, est parti relier des plus mythiques sommets du monde. Au programme : 14 destinations, 5 continents, de la neige à faire pâlir les fans des hivers berlinois ensevelis à -10°. Bref, le monde sous ses spatules. Après la Turquie, le Japon, le Liban et le Maroc, notre cher Thomas était aux dernières nouvelles en train de descendre les pistes du Colorado. Vous trouverez ci-dessous des extraits de ses dernières étapes.

12.01.2002 « La Turquie nous a accueilli sous la neige. Malgré le froid et la récession économique, les Turcs nous ont offert leur amitié et ont su démontrer leur grand sens de l'hospitalité. A Istanbul, il n'y a pas foule à cette époque de l'année: pas de bousculades dans le Grand Bazar ni même à la Mosquée Bleue à l'heure de la prière. Peut-être à cause de la neige ?

Istanbul n'en avait jamais connu autant depuis longtemps, paralysant ainsi une grande partie de la ville. Du coup, on en a profité pour chausser les skis au pied des mosquées, religion oblige . Nous étions fin prêts pour affronter la tourmente en Anatolie Orientale. Les fermetures d'aéroports dues aux conditions plus qu'atmosphériques nous ont finalement emmenés au sud d'Istanbul, à Uludag.

La neige s'arrête enfin et la Turquie nous offre son premier jour de soleil. Première sortie en peaux de phoque de la saison, nous progressons avec difficulté sur cette neige transformée en glace par le vent. Si l'effort nous procure du plaisir, la lutte contre le vent du nord nous contraint à rebrousser chemin sur l'arête sommitale. Ce n'est que partie remise: 12 janvier, le vent s'est arrêté. Le sommet s'offre enfin à nous, avec à ses pieds, la mer de Marmara. Le soleil se couche, la descente nous offre un espace de jeu infini que même nos courbes à Mach 2 n'arrivent pas à combler.»


29.01.2002 « Beyrouth nous a accueilli sous le soleil, température 20°C. Quel plaisir pour nous, qui avons fait du ski notre credo, que de pouvoir se balader en T-shirt ! Premières corniches de la saison sous le soleil libanais, premières traces directes au-dessus de la Mer Méditerranée, sous la protection rapprochée des hélicoptères de l'armée libanaise.

D'habitude, on " fait " du ski ; ici, on préfère dire qu'on " joue " du ski. Au sommet du Mzaar, nous plongeons dans la face sud au milieu des rocs sur la baie de Beyrouth. 800 mètres de dénivelé en quelques dizaines de secondes, nous prions pour que nos skis ne nous lâchent pas. Fumant le narguilé, nous rongeons notre frein en attendant que le ciel se dégage.

Sous le clair de lune, les nuages s'ouvrent enfin et nous laissent entrevoir l'immensité du cirque montagneux, avec au milieu l'une des dernières forêts de cèdres. Lamartine était déjà venu en 1832 admirer ces arbres millénaires. Il n'a cependant pas connu l'unique monosiège datant de 1948. Suivant ses traces, nous avons l'impression de skier seuls au milieu de nulle part. Ici ne subsiste que l'essentiel : le froid, le soleil, et le silence.

Des militaires débutants au bas des pistes nous rappellent tout de même que des personnes vivent en ces lieux toute l'année, au rythme alternatif des coupures d'électricité. La prochaine fois, on viendra juste avec notre chauffage».

Vous pouvez retrouver l'intégralité des newsletters sur www.skierlaterre.com (copyright Association "Skier la Terre")

(Propos recueillis par Céline Carré avec l'aimable autorisation de Thomas)